Des lesbiennes féministes pensent aussi que le corps des femmes n’est pas une marchandise ...

vendredi 16 septembre 2016
par  CLF
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Intervention de Catherine MORIN LE SECH Co-présidente de la Coordination Lesbienne en France, sur la Gestation pour autrui
24ème UNIVERSITÉ D’ÉTÉ Le corps des femmes marchandisé : enjeu actuel des luttes internationales 24 et 25 août 2016 –La Rochelle
Table Ronde 2 : « Le corps des femmes : une marchandise comme une autre ? »

La C.L.F., union de lesbiennes regroupées en associations, s’est constituée en 1997 pour promouvoir la visibilité lesbienne féministe.
"Être visibles", pour les militantes de la Coordination Lesbienne en France, signifie faire progresser les droits des lesbiennes, lutter pour une société égalitaire sur des valeurs de gauche et laïque, sans lesbophobie, sexisme, racisme, exempte de violences et d’exclusion sociale.

En 2001, nous prenions déjà position "contre le recours aux mères porteuses" et dans le même temps, contre le système prostitutionnel.

Précisons, si nécessaire, que s’opposer à ces deux systèmes d’instrumentalisation du corps des femmes, ne signifie pas que nous sommes contre les personnes prostituées ou les femmes qui portent les enfants de la GPA.

La CLF s’est impliquée dans le combat pour l’abolition universelle de la GPA pour au moins deux raisons.

-*La première, en tant que militantes féministes.

Les lesbiennes ont toujours participé aux luttes pour les Droits des femmes, même quand, a priori, elles pourraient ne pas être concernées comme le droit à l’avortement ou à la contraception.

Parmi les valeurs féministes, celle qui nous tient à cœur, est de tendre vers des sociétés égalitaires pour tous les êtres humains, à commencer par les femmes, puisqu’elles restent toujours les plus exploitées, voire sacrifiées sur l’autel des désirs des pouvoirs machistes et des intérêts financiers de prédateurs.

-*La deuxième raison, en tant que lesbiennes.
Lesbiennes militantes, nous sommes l’une des composantes du milieu LGBT.
Néanmoins, le vécu des lesbiennes et celui des gays ne sont pas semblables.
Est ce une surprise si nous constatons que les lesbiennes se positionnent plus fréquemment contre la GPA que les gays ?

Si "LGBT" signifie "Lesbiennes, gay, bi et trans", ce milieu n’en est pas moins "essentiellement gay". Hors, beaucoup d’homosexuels masculins sont actifs pour défendre, dans leur intérêt propre, le recours aux mères porteuses et œuvrent pour imposer leurs idées à tout le mouvement LGBT et au-delà.

Ce n’est pas révéler un secret de polichinelle que de dire que les organisateurs de plusieurs marches "Gay Pride fiertés LGBT " ont voulu placer "Le droit à la GPA " dans leur mot d’ordre.

Fort heureusement, la Lune à Strasbourg (en 2012) et le CEL à Marseille (en 2014), associations lesbiennes féministes membres de la CLF, sont parvenues à les en dissuader.

Le mot d’ordre de la marche de Lyon en 2014 "Nos corps, nos choix, droits des trans, PMA, IVG, GPA et prostitution" montre comment se construit l’amalgame en mélangeant plusieurs thèmes qui sont loin d’être similaires et surtout en détournant des revendications féministe (se reporter à l’intervention de Jocelyne FILDARD d’hier après-midi). Nous avons dénoncé ce mot d’ordre dans un communiqué de presse auquel ce sont associées plusieurs organisations féministes et lesbiennes.

En 2012, la Coordination Lesbienne en France a pris ses distances avec le milieu LGBT qui devenait pro-GPA et pro-prostitution ou était dans le refus de prendre une position claire vis à vis de ces pratiques.
En 2013, nous avons acté ces désaccords en nous retirant officiellement de l’Inter-LGBT parisienne avec qui nous militions depuis de longues années.

Bien évidemment, à nos yeux, le recours à la GPA par des gays ou par des hétérosexuels est similaire, il s’agit de la même exploitation et marchandisation du corps des femmes.

Comment est né le mouvement "Abolition universelle de la GPA".

Dans les mêmes temps, nous nous sommes tournées vers nos amies féministes, avec lesquelles nous militions déjà, bien entendu, pour qu’elles s’engagent davantage sur la question de la GPA non perçue comme prioritaire à cette époque car elles n’en évaluaient pas l’ampleur.

Certaines craignaient d’être accusées d’homophobie si elles se positionnaient contre la GPA pour les gays.

D’autres associaient les lesbiennes et les gays sans distinction, nous croyant, à tort, complices des revendications en faveur de la GPA.

En 2011, nous avons constitué un groupe de travail sur la GPA avec le Collectif des Associations pour le Droit à l’Avortement et la Contraception (CADAC), que nous représentons aussi aujourd’hui à l’Assemblée des Femmes, et le Planning Familial. Il en est résulté la publication d’un manifeste "Pourquoi nous sommes contre la gestation pour autrui".

Ce manifeste a permis à beaucoup de dépasser leurs hésitations pour prendre position "contre". Ce document est à votre disposition sur notre site coordinationlesbienne.org : http://www.coordinationlesbienne.org/spip.php?article165

En 2015, une étape de plus était franchie : le Collectif pour le Respect de la Personne (CoRP) nous a contactées pour envisager une action commune.
C’est ainsi qu’en février 2016, le CoRP, la CLF et la CADAC ont organisé les "Assises pour l’abolition universelle de la maternité de substitution" avec l’appui de Laurence DUMONT, Vice-Présidente de l’Assemblée Nationale qui avait de son coté sensibilisé un groupe de politiques autour d’elle.

"Elu/es Contre les Violences faites aux Femmes" et " l’Assemblée des Femmes" étaient présentes à ces Assises.

L’objectif, qui a été atteint, était de rassembler des responsables politiques de toute l’Europe, des associations féministes et de défense des droits humains, des chercheuses et des chercheurs de toutes disciplines. Nous avions aussi invité Sheela SARAVANAN, universitaire indienne, qui est intervenue pour dénoncer la révoltante condition des mères porteuses en Inde.

Trois cent vingt personnes ont participé à ce colloque et quarante cinq associations /organisations /collectifs.. étaient représentés dans la salle.
Le mouvement pour "l’abolition universelle de la GPA" venait de naître.

"Un enfant pour moi, à n’importe quel prix", n’entre pas dans notre conception de la société.

Si nous considérons que tous les êtres humains sont égaux, leur exploitation, et ici en ce qui nous concerne l’exploitation du corps des femmes, n’est pas acceptable.

Non, les femmes n’ont pas vocation à être maintenues dans des rôles de servantes pour satisfaire des idéologies patriarcales.

Si le recours à la GPA est pratiqué au nom de "l’amour des enfants", d’autres moyens de don d’amour envers les enfants sont possibles comme l’adoption simple ou plénière, la pluri parentalité ou la beau parentalité. Battons-nous pour que ces possibilités deviennent accessibles à toutes et à tous, quelque soit l’orientation sexuelle.

Par quoi sont motivées toutes ces pressions à inciter les femmes à procréer ?

Un couple ou une femme sans enfant ne serait toujours pas un véritable couple ou une "vraie" femme ?

Les sociétés patriarcales n’aiment pas les femmes qui ne font pas d’enfant. Les femmes infertiles, doivent être soignées pour enfanter au prix de traitements douloureux, longs et couteux, quand elles ne sont pas bannies dans certains pays…et les femmes qui font le choix de ne pas enfanter, sont perçues comme étranges ou suspectes.

Et pourquoi tant d’obstination à vouloir faire des enfants ?

A l’heure où le monde comptent des millions de chômeuses et chômeurs dont près de 25% en France sont des jeunes de 15 à 24 ans.
A l’heure où des familles monoparentales, majoritairement des femmes, vivent de grandes difficultés financières.
A l’heure où des familles contraintes à l’exil, dorment dans les rues et luttent pour leur survie…

La pratique de la GPA n’est pas une question scientifique mais un positionnement politique et surtout une question humaine qui concerne les droits des femmes.
Dans quel processus de mutation choisissons-nous de nous intégrer et d’agir ? Quels choix de vie adoptons nous ou cautionnons nous pour construire les sociétés de demain ? Qui choisissons-nous de croire ou bien de contester ?
Certaines questions de société touchent aux droits fondamentaux car elles vont influer sur la transformation de l’humanité.

A l’heure de la mondialisation de la maternité de substitution, pratique à laquelle nous nous opposons, la GPA est bien une question fondamentale.

Intervention de Catherine MORIN LE SECH Co-présidente de la Coordination Lesbienne en France, sur la Gestation pour autrui
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samedi 8 juillet 2017

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